L'oubli et ce qui s'en suit.
Bon voilà juste un petit billet, pour remplir le blog, pour réfléchir vite fais sur l'oubli.
Faut il oublier?
Voudrais je oublier certaines histoires, certaines souffrances. Je ne vais pas
parler en termes généraux, cela ne servirait à rien.
Je vais juste utiliser cette première personne du singulier, en espérant
simplement que nous pouvons nous comprendre, partager, et secrètement hocher la
tête, en entendant les coeurs des autres. C'est dans cette phrase d'Hugo, en
laquelle je crois, qu'est le mieux exprimé à mon avis, cette idée de proximité
entre tous les hommes:
"Ah ! Insensé, qui crois que je ne suis pas toi !"
Je me souviens de souffrances et ces souvenirs parfois me serrent le coeurs. Et parfois même ces réminiscences me font céder face aux présent. Il y a des blessures en chacun de nous, je crois, en moi en tout cas, qui nous marque à vie. Comme la peur de souffrir est encore présente, des années après, comme sont ridicules ces gestes de reculs, et pourtant si instinctifs, à la vue d'une main qui s'approche.
Voilà, la mémoire d'abord, la peur ensuite. A priori j'aurai pensé que l'expérience de la vie permettait de faire disparaître nos peurs, on nous répète tellement souvent que l'on a peur, que de l'inconnu, de ce qu'on ne connaît pas. Mais pourtant quand je me souviens, j'ai peur de ce que j'ai connu. Il est étonnant de voir comme une blessure même cicatrisé à priori, nous brûle encore la chair, quand surgissent les souvenirs de ces marques faîtes au plus profond de nous même.
Que la peur est féroce, quand les lames, qui sont entrées dans nos
chairs, restent ancrées dans la mémoire de nos sens, de nos coeurs, ou de nos
âmes. Un simple éclat de lumière parfois, reflet aveuglant sur un bout de
ferrailles, et souvent encore moins, un regard, un mot, une rue, tant de choses
qui rappellent des souffrances passées, mais non oubliées. Et alors, un
raidissement de la nuque, une crampe au coeur, des réflexions chaotiques,
absurdes, nées d'une imagination exacerbée par la peur. Le présent qui
s'arrêtent, les sens en alertent, mais qui ne sont là que pour prendre
conscience du danger, et en oublient tout les douceurs de l'instant.
Souvent le passé déborde, quand l'angoisse est si sensible à toutes choses.
(Enfin de compte je me remets à généraliser, à parler de moi, sans utiliser le
"je". J'espère que vous me pardonnerez cette généralisation, de
quitter le domaine du particulier, car c'est peut être seulement un reste de
pudeur.)
Mais point de lyrisme, c'est ce constat qui me fait poser cette question:
Faut il oublier?
Il semblerait en effet qu'il suffirait d'oublier pour pouvoir revivre pleinement les moments de chaque instant, que la peur disparaîtrait.
Mais pourtant, quand je me pose cette question, qui, si je m'arrêtais là, ne
semble avoir qu'une évident réponse, pourtant je me révolte face à cette idée.
Cette souffrance c'est elle qui m'a fait, c'est elle qui m'inspire tout ce que
je suis, ce serait un suicide que l'oubli, une naissance aussi peut être.
Mais peu m'importe, comment accepter d'oublier ces souffrances!!!
Que serions nous sans nos souffrances? Que serais je?
Toute les qualités, et défauts sûrement aussi, viennent de celles ci, de ces expériences.
Tout mes idéaux, tout l'avenir que je projette, cette envie au plus profond
de moi, ce besoin, même, d'être père, d'avoir une famille, et d'être là pour
mes enfants, ne proviennent que de la souffrance que j'éprouve moi même à ne
pas avoir eu de père.
C'est ce manque, cette erreur de la vie, que j'ai tant de mal à pardonner,
cette mort prématurée, qui me pousse à vouloir construire ce qui m'a manqué à
moi, ce que j'estime que j'aurai du avoir.
C'est ce sentiment d'injustice, qui me pousse à vouloir devenir le meilleur des pères, qui me pousse à être ce que j'estime que les autres auraient du être avec moi.
On ne peut changer le passé, mais la peur de la souffrance, de la reconnaissance de cette souffrance, la peur de voir un enfant pleurer un père absent, disparu, qui me pousse à être là pour un gosse, qui ne connaîtra pas ça.
Mais ce n'est pas juste ces projets d'avenir, qui sont bénéfiques, c'est
toute cette peur, qui pourtant est une souffrance de chaque instant, que
je me refuse à oublier.
Car sans la peur que serait le courage? On ne peut pas parler de courages s'il
n'y a pas de peur, quoique fasse un homme, si grande soit son oeuvre, il n'y
aurait pas une once de courage dans cet être s'il n'y avait en lui aucune peur.
Il est facile d'agir, quand la peur a disparu. Mais plus la peur est grande,
plus difficile est le mouvement. La peur l'extrême peur, n'est pas celle qui
provoque la fuite, il faut un minimum de courage, peut être ridicule mais peu
importe, pour fuir, pour tourner le dos et courir. Quand la peur envahit
totalement un être qui se laisse emporté par elle, alors aucun mouvement n'est
possible, c'est l'effroi qui vous glace sur place, et ne vous permet même plus
de fuir.
Alors oui je l'affirme, c'est en ayant souffert, et en ayant peur de souffrir encore, que nous pouvons devenir plus courageux.
Il était un enfant, il y a quelques années de cela, qui devait se battre
régulièrement, il était seul, et ils étaient plusieurs. Et chaque jour il
devait se battre, et chaque jour il se battait, et n'abandonnait jamais. Mais
bien que les enfants soient cruels, ils sont facilement impressionnables, il
suffit souvent de voir l'un des leurs pleurer, ou entrer dans une colère noire,
pour qu'ils s'arrêtent et ne savent plus quoi faire. Mais l'adolescence
elle, pourtant toujours sensible à cela, se refuse à cette pitié, cette peur,
cette faiblesse et parfois dans certaines circonstances en arrivent à des
horreurs inconscientes, à glacer le sang. Cet enfant quand il devient
adolescent, se retrouvait parfois face à ces autres, mais les choses avaient
changé, ils se battirent au début, et puis un couteau apparu dans la main d'un
de ces gosses qui pourtant seraient bientôt des adultes. Le couteau partait, il
déchira un t-shirt, entailla une chair. Là encore, le drame s'arrêta, car si ce
n'est les vertus, au moins la part d'enfance de ces jeunes garçons, arrêta ce
simulacre. L'enfant ne cherchait plus à se défendre, il était paralysé, il
aurait pu mourir, le couteau l'avait entaillé, et les autres aussi
s'arrêtèrent, ils avaient failli tuer quelqun. La mort que tous connaissaient,
car dans ce quartier tous avaient perdu un être cher et proche malgré leurs
jeunes âges, les frôlait et c'était eux qui l'avait invité.
Cet enfant a été marqué par vie par cet instant, et les autres aussi sûrement,
les altercations se firent bien plus rares, de plus en plus rare mais aussi de
plus en plus dangereuses.
Il avait de plus en plus l'habitude des couteaux, cela permettait de cacher un petit peu la peur qu'il ressentait face à celles ci. Mais les autres aussi s'habituaient à voir le sang couler.
Heureusement ils devinrent adultes, et les circonstances changèrent.
Que devinrent les autres, certains se mirent à travailler, d'autres
continuèrent à aller de plus en plus loin, et l'enfant qui se battait seul, il
ne se battait plus qu'à de rares occasions.
Bizarrement, une chose est heureusement arrivée, tous respectaient la perte
d'innocence qu'ils avaient connu durant leur enfance, et pour cela, ne se
battaient plus, au moins entres eux. C'était déjà ça.
Mais en tout cas l'enfant qui se battait seul, et qui souffrait physiquement et moralement de la peur à chaque jour, si vous lui demandiez, ce qu'il voudrait faire de ces souffrances passés, qui le hantent chaque jour, et lui font voir toute inconnu comme un potentiel ennemi, comme chaque dispute comme une possible dérive pouvant arriver à la mort de quelqun? Si vous lui demandiez, il vous répondrait, qu'il serait révolté de les oublier. La peur l'habite, mais il sait réagir, car la souffrance le révolte, car il ne veut plus la ressentir, ni la voir, et c'est pour cela au moins qu'il sait qu'il n'hésitera pas à se battre pour les éviter, qu'il n'hésitera pas tant que ça à protéger d'autres. Car il a apprit à réagir malgré la peur.
Maintenant il fait souvent le beau, il frime, et surtout il ferme rarement
la gueule, ca c'est pas parce qu'il aime se battre, c'est parce qu'il a peur,
mais qu'il ne veut pas rester inactif face à elle, qu'il ne fera aucune
concession face à elle, qu'il se battra, malgré elle.
Et c'est parce qu'il a souffert, qu'il a face à la peur le courage de la
surmonter.
Alors faut il oublier? Je ne crois pas.
Les souvenirs nous gachent beaucoup le présent, nous font en tout cas passé
à coté de beaucoup de choses, nous bloque dans la jouissance que nous avons de
la vie.
Mais c'est aussi eux qui peuvent nous permettre de devenir des gens biens, s'il
l'on surmonte la peur, si l'on apprend à réagir face à ce qu'il y a
d'effrayant, de scandaleux.
Être heureux oui, un imbécile heureux, un inconscient heureux, un salaud
heureux? Si ce n'est que cela que l'on souhaite alors oublions.
Mais cependant, je ne peux qu'avoir la conviction, que l'important est d'abord
d'être quelqun de bien, et de toute faire pour être heureux. Mais si l'on
veut devenir quelqun de vertueux, si l'on veut apprendre le courage, si l'on
veut réparer les injustices, si l'on veut créer un monde meilleur, je crois
qu'il faut passer par la souffrance des souvenirs.
Enfin c'est ce qui me vient à l'esprit quand j'écris ce billet, quand je réfléchis
quelques minutes sur l'oubli.
- Vianney
- 21:35
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